
Qu'est-ce que l'International Klein Blue ?
Certaines couleurs portent un nom. Une seule a été revendiquée. Voici la brève histoire du bleu le plus célèbre du XXe siècle — et pourquoi nous lui avons confié trois vases silencieux.
Le problème de l'outremer
Les peintres prisent l'outremer depuis des siècles — broyé, dans les œuvres les plus anciennes, à partir du lapis-lazuli rapporté des montagnes d'Afghanistan, et réservé aux manteaux des madones parce qu'il coûtait plus cher que l'or. Mais le pigment outremer brut garde un secret : la poudre libre est plus intense que n'importe quel tableau peint avec elle. Dès que le pigment rencontre un liant classique — huile, vernis — il s'assombrit, se lustre, perd sa violence intérieure. Ce que le peintre voit dans le pot, la toile ne le reçoit jamais tout à fait.
Yves Klein trouvait cela inacceptable.
La réponse de Klein
À la fin des années 1950, l'artiste français — alors âgé d'une vingtaine d'années, maître de judo convaincu que la couleur pouvait porter le sentiment pur comme la forme ne le pourrait jamais — travailla avec un marchand de couleurs parisien pour résoudre le problème. Le résultat fut un liant synthétique mat qui retient le pigment outremer sans l'étouffer : chaque grain reste à nu, buvant la lumière au lieu de la refléter. La couleur qui en est issue n'est pas brillante, ni profonde à la manière d'une laque — elle est sans fond, un vide de velours qui semble flotter légèrement en avant de ce qui le porte.
En 1960, Klein déposa la formule à son nom : l'International Klein Blue. Il ne peignit plus ses toiles qu'avec ce bleu, en enduisit éponges et moulages, et en fit si complètement sa signature que la couleur elle-même devint l'œuvre. Il mourut deux ans plus tard, à trente-quatre ans, ayant revendiqué une portion du spectre comme aucun artiste n'y est parvenu, ni avant ni après lui.
Pourquoi il arrête encore le regard
L'IKB joue un tour à l'œil : parce que la surface mate renvoie si peu de lumière blanche, l'œil perd les repères qui lui servent d'ordinaire à lire les volumes. Les ombres s'aplanissent. Les contours se dissolvent. Un objet peint de ce bleu flotte entre deux et trois dimensions — présent comme silhouette, absent comme volume. Klein disait de son bleu qu'il était une fenêtre sur l'immatériel ; un physicien dirait que c'est simplement ce qui arrive quand une surface refuse la brillance. Les deux ont raison, et ni l'un ni l'autre n'explique tout à fait l'effet que l'on éprouve devant lui.
Deux tempéraments, un seul ensemble
Notre ensemble de vases International Klein Blue met en scène une rencontre qui n'a jamais eu lieu. Les trois silhouettes appartiennent à Giorgio Morandi — le peintre bolonais qui passa sa vie auprès des mêmes bouteilles silencieuses, laissant l'immobilité s'accumuler autour d'elles. La couleur appartient tout entière à Klein. Des formes qui voudraient s'effacer, plongées dans une couleur qui s'y refuse ; chaque vase est imprimé, puis peint à la main — un procédé développé dans notre atelier pour garder l'outremer mat, plat et régulier — au point de se lire presque comme un papier découpé — jusqu'à ce que des fleurs fraîches brisent le plan et le ramènent dans la pièce.
C'est la pièce la plus bruyante que nous fabriquions, et elle demeure très silencieuse.
L'ensemble de trois vases est étanche, imprimé en 3D à la commande, et fait partie de notre collection de vases.